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Burkina Faso : « Nous exigeons la libération immédiate de notre collègue le Dr Daouda Diallo »

Déclaration de la Coalition citoyenne pour le Sahel, 3 décembre 2023

Ouagadougou/Bamako/Niamey, 3 décembre 2023 – Nous, organisations de la société civile ouest-africaine membres de la Coalition citoyenne pour le Sahel, avons appris avec consternation l’enlèvement, le vendredi 1er décembre, de notre collègue et ami le Dr Daouda Diallo, éminent défenseur des droits humains au Burkina Faso et secrétaire général du Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC).

Daouda Diallo a été enlevé par au moins quatre hommes non identifiés le vendredi 1er décembre 2023 vers 15h, devant le service des passeports à Ouagadougou, où il s’était rendu pour le renouvellement de ses documents de voyage. Selon un communiqué du CISC publié quelques heures après l’enlèvement, ses assaillants, tous habillés en civil, l'ont poussé dans un véhicule après une course poursuite et ont pris la fuite. À l’heure actuelle, nous n’avons aucune nouvelle de Daouda Diallo, nous ne savons pas où il se trouve et nous n’avons aucune information sur les raisons de son enlèvement.

La Coalition citoyenne pour le Sahel exige la libération sans délai et sans condition du Dr Daouda Diallo, ainsi que des garanties sur son intégrité physique et psychologique. L'enlèvement d'un militant de premier plan en plein jour devant les locaux d’un service public appelle une réponse immédiate du gouvernement. Les autorités burkinabè doivent prendre des mesures immédiates pour mener une enquête sérieuse et traduire les responsables en justice.

Le Dr Diallo, pharmacien de formation, s’est illustré depuis de nombreuses années par son travail inlassable de documentation des violations des droits humains commises au Burkina Faso, quels que soient leurs auteurs, aussi bien les groupes armés que des éléments des forces de défense et de sécurité. Son engagement, son courage et son intégrité, dont nous sommes les témoins au sein de la Coalition citoyenne pour le Sahel, lui ont valu de recevoir en 2022 le prix Martin Ennals, souvent présenté comme le « prix Nobel des défenseurs des droits humains », et d’être fait chevalier de l’Ordre de l’Étalon, haute distinction du Burkina Faso.

Début novembre, le nom de Daouda Diallo était apparu sur des listes de personnes réquisitionnées d’office pour aller participer aux opérations de sécurité du gouvernement dans tout le pays, dans le cadre de la mobilisation générale décrétée en avril 2023. Les personnes ciblées sont des membres de la société civile, des journalistes et de personnalités politiques qui ont en commun d’avoir exprimé des réserves sur la politique sécuritaire et le rétrécissement de l’espace civique par les autorités.

L’annonce de ces réquisitions forcées a été dénoncée, notamment par plusieurs membres de la Coalition citoyenne pour le Sahel : le CISC a dénoncé une tentative « d’écraser toute organisation critique de la gestion du pouvoir », le Mouvement burkinabé pour les droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) une « volonté manifeste de museler toutes les voix discordantes », et Human Rights Watch une action de la junte « pour réduire au silence la dissidence pacifique et punir ses détracteurs ». 

La Coalition citoyenne estime que le décret de mobilisation générale ne saurait servir de prétexte pour cibler arbitrairement des voix indépendantes et les réduire au silence.

L’enlèvement du Dr Daouda Diallo intervient alors que le décret de mobilisation générale d’avril 2023 a déjà été utilisé pour des réquisitions forcées. En septembre, le Dr Arouna Louré, ancien membre du Conseil national de transition, a été enlevé à son bureau par les forces de défense et de sécurité et enrôlé pour un mois. A ce jour, on ignore où il se trouve. En mars, Boukary Ouedraogo, président de « l'Appel de Kaya », a également été arrêté par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et enrôlé de force dans les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) après avoir critiqué les politiques de sécurité du gouvernement.

Depuis qu'elle a pris le pouvoir par un coup d'État en octobre 2022, la junte militaire a de plus en plus réprimé les médias et la dissidence pacifique, réduisant ainsi l'espace civique au Burkina Faso. Les journalistes nationaux et internationaux et les membres de la société civile sont de plus en plus harcelés, menacés et victimes d'arrestations arbitraires.

La Coalition citoyenne pour le Sahel est préoccupée par les campagnes de haine propagées sur les réseaux sociaux ciblant des personnes, y compris des activistes et membres de la société civile, au Burkina Faso, mais aussi au Mali et au Niger. La Coalition citoyenne demande aux plateformes en ligne, Meta et X en particulier, de redoubler de vigilance afin de bloquer les discours de violence et les messages haineux qui accentuent la polarisation des sociétés au Sahel.

La Coalition citoyenne pour le Sahel rappelle aux autorités du Burkina Faso qu’elles ont la responsabilité d’obtenir la libération immédiate du Dr Daouda Diallo. Elles doivent immédiatement mener une enquête efficace, crédible et indépendante sur son enlèvement, identifier tous les responsables et les traduire en justice. Nous appelons également la Commission nationale des droits de l’Homme du Burkina Faso à se saisir de l’enlèvement du Dr Daouda Diallo. Les partenaires internationaux du Burkina Faso devraient se manifester dès maintenant pour faire pression sur les autorités afin qu'elles répondent de ce qui est arrivé au Dr Daouda Diallo.

Face aux exactions commises par les groupes armés à travers le Sahel, la Coalition citoyenne pour le Sahel invite les gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger à faire de la protection des populations civiles et de la sécurité humaine leur priorité absolue, en garantissant les droits fondamentaux, notamment le droit à la liberté d’expression. 

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